Vous êtes ici » Accueil » Actualités » Les voeux de Jean-Luc Bennahmias pour une Europe plus politique
Pas le moment, trop tôt, prétendaient les conservatismes de Droite comme de Gauche dans la période d'après guerre. Comme à chaque fois dans l'histoire, le repli sur soi, les hésitations, voire les égoïsmes, ne sont jamais loin. Et pourtant, lorsqu'il a fallu mettre un terme aux chamailleries sanglantes, l'Europe du charbon et de l'acier fut mise sur pied, lorsqu'il a fallu sortir des pénuries alimentaires, la politique commune agricole fut instaurée, lorsqu'il a fallu combler les disparités économiques abyssales, les fonds européens régionaux furent créés et remirent sur les rails des pays comme l'Espagne, l'Irlande ou la Pologne. C'est dire que si l'Europe s'est effectivement bâtie sur le marché commun, elle fut également un espace de solidarités et de politiques aussi ambitieuses qu'inédites; le fruit de pensées et de personnages, qui de part leurs visions, ont pu faire sortir l'Europe de sa torpeur et l'accompagner dans ses premières décennies de croissance.
Qu'en reste -t-il aujourd'hui ?
Fruit d'un processus né dès la fin des années 70, l'Euro est aujourd'hui dans toutes les mains et les portefeuilles. Le mur de Berlin est tombé. Nous venons d'en célébrer la chute : c'était important de se souvenir. Cet évènement signifiat le début de la réunification allemande et dans son sillon, celle de l'Europe dans son intégralité. L'élargissement politique réalisé ne trouve néanmoins sa justification que si la plus-value européenne, dans le champ de la démocratie, de l'environnement et du social, trouve sa juste et pleine mesure.
C'est en ce sens, d'un œil favorable que nous nous sommes impliqués dans le déblocage de l'Europe institutionnelle. A l'échelle internationale, les crises s'interconnectent et se succèdent de manière trop régulière pour que nous nous permettions de sombrer dans l'immobilisme. Il est temps de refaire de la politique en Europe. Mais plus que jamais, nous avons besoin de nous rassembler sur un projet européen humaniste de société, seule alternative crédible pour répondre de manière décisive aux enjeux de ce nouveau siècle. L'Europe est le niveau pour agir. Elle a été créée pour cela. C'est sa fonction naturelle : faire de nos forces rassemblées le puissant moteur de gestion des crises. De la gestion des migrations, à la réduction des inégalités aux impératifs environnementaux, nous pouvons construire et inventer un modèle innovant, apaisé et très performant. Attendre que le même dispositif politique se mette en place au niveau mondial serait pour le moins risqué et la tentation facile pour nous satisfaire du statu quo. C'est en nous-mêmes que nous devons croire et pour ce faire, la place de la politique et des politiques est incontournable.
Malheureusement, c'est peu de dire que la tendance n'y est pas!
S'il serait bien maladroit d'envisager le décès politique de l'Europe, le diagnostic est relativement inquiétant.
De dérogations en dérogations et après plus de dix ans de pourparlers institutionnels, le traité de Lisbonne est certes un outil mais, de l'avis de tous, manque aujourd'hui d'envergure. Il reste davantage un point de départ qu'un aboutissement ultime. Nous le considérons comme tel au niveau du Parlement européen !
Il devait en principe donner un visage politique à l'Europe. Suite à sa ratification, les chefs d'Etat et de gouvernement en ont décidé autrement. Sans revenir sur les qualités des uns et des autres, le fait de nommer M Van Rompuy et Mme Ashton, peu connus auprès de nos concitoyens comme de nos partenaires internationaux à des postes stratégiques, marque une prise de distance remarquée de l'esprit du traité. Parallèlement, le choix de renouveller M Barroso, sans réel bilan, à la tête de la Commission européenne, en dit long sur les intentions des responsables politiques nationaux. Comment justifier l'absence d'un plan de relance européen accélérant de manière positive la transformation de notre modèle économique, via le prisme du développement durable, alors que la crise frappe à l'Ouest comme à l'Est, les jeunes, les salariés comme nos aînés. Nous en payons chaque instant le prix!
Mais disons-le, le malaise européen n'est pas incurable. Le Parlement européen en est un symbole. Les politiques mises en œuvre rappellent que l'aventure européenne est toujours en marche. Et c'est parce que l'on y est attachés que l'on cherche à être lucides sur l'état des lieux et les réponses qu'il convient d'apporter.
Puisque la période est au vœux, j'en formule ici le souhait :l'Europe qui ne peut être que politique est une chance historique d'aborder l'avenir de manière pleins d'optimismes!
A nous d'en prendre finalement conscience!
Jean-Luc Bennahmias
Député européen
Vice Président du Mouvement démocrate
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