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Posté par Jean luc Bennahmias - mar 04/11/08
Audace, Abnégation et solidarité, font parties des valeurs sportives qui rejoignent admirablement bien les notions de persévérance et de tolérance sous-jacentes à la construction européenne. Pour autant après un demi-siècle de cheminements, les politiques communautaires font toujours largement abstraction de cette activité qui rassemble près de 60 % de nos concitoyens au sein ou en dehors des quelques 700 000 associations sportives. Conséquence directe de cette omission: c'est à travers le prisme étroit de l'économie, de la concurrence et de l'achèvement du marché intérieur, que s'oriente la majorité des décisions significatives en la matière. Constatant chaque jour un peu plus le décalage entre des compétitions européanisées et internationalisées et une gouvernance souvent obsolète du monde sportif, il nous revient donc de fonder les bases d'un modèle sportif plus éthique. Parallèlement au respect du principe de subsidiarité, la nature des défis appelle à l'accélération des réformes.
Au delà des discours, le premier "EU sport forum" en connexion avec la réunion informelle des ministres des sports de l'Union européenne, les 27 et 28 novembre prochains permettront de jauger les intentions des responsables européens sur des thématiques cruciales pour le devenir du sport européen.
Soyons clairs: la spécificité du sport européen est une question centrale. Celle-ci doit être préservée et renforcée. A l'instar des ligues fermées étasuniennes et canadiennes, où l’achat de licences prohibitives déconnecte le sport professionnel du sport amateur, la défense d'une solidarité du secteur sportif européen est essentielle devant les initiatives régulières de déstabilisation.
Si une certaine hiérarchie reste de mise, la présence de "petits poucets" comme le FC-Lorient ou le FC-Sochaux dans le championnat de ligue 1 ou encore le parcours étonnant de l'équipe chypriote de l'Anarthosis Famagouste en ligue des champions, apportent la démonstration qu'en Europe, il est encore possible de bousculer les schémas établis. Ce paysage hétéroclite doit être encouragé et soutenu par une solidarité renouvelée propice à la redistribution des moyens financiers.
A cet effet, la question de la stabilité financière de nos associations sportives appelle à une réflexion judicieuse. Si l’on se donne comme objectif l'établissement d'une concurrence équitable, la question des déficits abyssaux de certaines formations (notamment de football britannique dont les déficits cumulés atteindraient près de 3,7 milliards d'euros) ne saurait rester sans réponse. De surcroit, rattrapées par la crise financière, certaines entités ne pourront échapper sur le long terme à la vérité des chiffres. West Ham, détenu par un certain M.Bjogolfur Gudmondsson, homme d'affaire islandais du secteur bancaire, n'est pas le seul club concerné. Liverpool, Manchester pour ne citer qu'eux sont profondément fragilisés du fait d'un laxisme aveuglant et injustifié qui a trop longtemps prévalu sur notre continent. Plus que jamais, la mise en place d’une direction européenne de contrôle et de gestion des clubs professionnels doit récompenser les acteurs les plus rigoureux en la matière. Cette structure de gestion des clubs doit s'appuyer sur une agence européenne composée de juristes indépendants et d'experts comptables chargés de veiller à la santé financière de l'ensemble des clubs européens de première et de seconde division. Cette « DNCG européenne » doit se doter d'instruments coercitifs efficients tels que l'encadrement tutélaire, l'interdiction des transferts, le contrôle de la masse salariale ou encore de la relégation sportive.
Rappelons que pour la seule année 2007, les 10 plus gros transferts ont brassé à eux seuls quelques 273 millions d’euros. C'est un appel à la raison que nous devons lancer. En ce sens, le rôle régulièrement obscur des agents ne saurait être soustrait de notre délibération. Spéculation, blanchiment d'argent, et commissions occultes attestent des dérives d'un sport "business" infiltré par des intermédiaires en tout genre qui prolifèrent dans la plus grande opacité. De nombreux sports européens sont concernés. D’où l’impérative nécessité d’une directive européenne relative aux agents de joueurs seule à même de certifier une harmonisation communautaire et de rétablir une situation de transparence. Conjointement à cette démarche, une nouvelle impulsion doit être donnée pour inciter le maximum de joueurs à signer leurs premiers contrats professionnels avec le club formateur. Soyons ambitieux et novateurs, la règle du 6+5 dont Sepp Blatter se veut le promoteur, ne peut constituer le salut d’un monde sportif qui renouerait avec des pratiques discriminantes calquées sur le concept d’identité nationale. La spécificité du sport européen ne semble pas passer par ce type de mesure dont la mise en œuvre signifierait la recrudescence des naturalisations à caractères sportifs. Nous devons méditer à la promotion des joueurs formés localement sans précision de la nationalité en consolidant encore le "droit de suite" à disposition des clubs formateurs.
Par ailleurs, mettant en exergue les zones d'ombres qui demeurent au niveau européen, le rapport adopté le 8 mai 2008 par le Parlement européen qui donne un point de vue sur le livre blanc sur le sport présenté par la commission en juillet 2007 apporte également plusieurs observations avisées. Si nous saluons les progrès réalisés dans la lutte contre le dopage, la multiplication récente des contrôles positifs à l'EPO dit de troisième génération (la CERA) au sein du peloton doit interpeller l'ensemble des acteurs concernés. La grande boucle, retransmise dans plus de 180 pays est aujourd'hui tributaire d'un renouveau qui ne cesse de se faire attendre. L'annulation du tour d'Allemagne et la décision des deux grandes chaines publiques allemandes ARD et ZDF de ne pas retransmettre le tour de France 2009 illustrent la lassitude du public européen envers ces affaires récurrentes de dopage. L'enjeu aujourd'hui n'est rien de moins que de sauver de l'autodestruction ce sport populaire qui a marqué notre paysage culturel. Il convient de préciser à cette occasion que la lutte anti-dopage ne saurait rester l'exclusive du cyclisme. Pour préserver la santé des sportifs, c'est bien évidemment, l'ensemble de la communauté professionnelle européenne qu'il faut associer à un suivi longitudinal permanent effectué par des médecins indépendants.
Au delà de ces inquiétudes légitimes, le développement des jeux de hasard et des paris en ligne fait émerger de nouvelles interrogations quant à l'implication des mafias du jeu dans le sport. La passivité du commissaire européen chargé du marché intérieur, Charlie Mc Creevy, ne peut être prolongée sans risque. Il convient d'étudier les dispositifs à mettre en œuvre pour garantir l'intégrité des rencontres.
D'autre part, face au fléau de la violence, du racisme et de l'antisémitisme, les bons sentiments ne suffisent plus. Match de championnat (Libourne-Bastia), de ligue des champions (Marseille-Atlético Madrid), de rencontres internationales (Bulgarie-Italie, Croatie-Angleterre): ce sont tous les week-ends ou presque que la FARE (ONG du football contre le racisme) dénombre des incidents tous aussi scandaleux les uns que les autres.
Alors deux choses l'une. Soit nous mettons en place à l'échelle communautaire des sanctions communes et exemplaires pour mettre un terme à ces intimidations d'un autre âge sur notre continent. Soit les clubs n'auront comme option que l'augmentation significative des tarifs pour tenter de se prémunir des débordements de violence et aseptiser les rendez-vous sportifs. Fermement opposé à cette dernière solution qui du reste ne fait que reporter les problèmes sur les divisions inférieures, la réhabilitation du "Fair Play" passe par une démarche dépourvue de concession.
Cris de singe, drapeau fasciste et chant néo-nazi méritent un engagement sans précédent des joueurs, des dirigeants des supporters et des ligues professionnelles et amateurs. Si la campagne publicitaire "plusieurs couleurs, un seul but "contribue à l'effort d'éducation, ce sont tous les moyens disponibles qui doivent être mobilisés pour mettre fin à l'impunité. En ce sens, la généralisation à l'échelle européenne de l'obligation pour les fauteurs de troubles d'aller signer une feuille de présence au commissariat les soirs de match serait un signal énergique envoyé à l'endroit de ces individus. Si nous agissons de manière intelligente, la contribution communautaire peut être décisive pour mettre fin aux violences endémiques à l'intérieur et en marge des enceintes sportives.
Enfin, comptant pour 3,7% du produit intérieur brut européen et près de 15 millions d'emplois, le sport est un vecteur puissant de développement économique. A ce sujet, de nombreuses infrastructures notamment au sein des nouveaux pays membres sont caduques et nécessitent un engagement financier de l'Union européenne. Le traité de Lisbonne institue le sport comme étant un domaine où les états membres demeurent totalement compétents mais où l'UE peut mener des actions d'appui ou de coordination. Quoi qu'il advienne de ce traité, c'est avec la certitude que la création d'une politique sportive européenne impulsera un élan décisif à l'établissement d'un sport solidaire garant de la tolérance et du respect mutuel, que je souhaite vous convier à cette période de réflexion.
Jean-luc Bennahmias, Député Européen, Vice-président du MoDem
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